Son cerveau a choisi pour elle
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Son cerveau a choisi pour elle

Chapitre 9
Le traumatisme de compassion

«…un traumatisme amène à la fois des forces et des problèmes. Parmi les forces courantes sans toutefois être invariables, on retrouve le développement de compétences profondes de survie, une capacité augmentée de comprendre d’autres personnes ou groupes traumatisés ou oppressés, une passion pour la justice, le désir d’avoir une société différente, un certain réalisme critique et, ce qui est particulièrement important, une vision du monde moins déformée. »
(Burstow, 2003)

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L’intensité de l’intervention des professionnelles et professionnels des services et des soins qui travaillent avec des survivantes de traumatisme peut parfois avoir des effets négatifs sur leur propre bien-être. Lorsque cela se produit, nous disons que la personne vit un traumatisme de compassion ou secondaire. Le traumatisme de compassion ou secondaire peut avoir des répercussions importantes sur les personnes qui donnent des services : affecter leur sens de l’identité, leurs relations avec les autres, leur travail et leur perspective sur le traumatisme, leurs croyances de base et le monde en général. Parmi les symptômes du traumatisme de compassion, on peut retrouver : la formation d’images intrusives, des cauchemars, la peur pour sa sécurité, des difficultés à écouter, de l’irritabilité, de l’épuisement ou de l’engourdissement émotionnel et physique et du désespoir. De la même façon que les approches tenant compte du traumatisme pour la clientèle prônent de ne pas individualiser les réactions au traumatisme, la recherche suggère qu’il est plus efficace d’aborder le traumatisme de compassion structurellement plutôt qu’individuellement afin d’atténuer l’exposition traumatique d’une personne en répartissant plus efficacement la charge de travail (Bober & Regehr, 2006).

Les intervenantes et intervenants qui vivent de la fatigue de compassion, un traumatisme indirect ou du stress moral peuvent développer des symptômes après avoir travaillé sur un seul dossier et même si les symptômes apparaissent rapidement, elles et ils peuvent désirer continuer à aider les survivantes de traumatisme. (Figley & Figley, 2007). Certains outils permettent de distinguer et de mesurer la fatigue de compassion, dont la Professional Quality of Life Scale: Compassion Satisfaction and Fatigue Subscales (ProQOL).

Plusieurs facteurs de risque peuvent exposer une personne au traumatisme de compassion : la surcharge de travail, le manque de compensation ou de reconnaissance du travail accompli, le manque de soutien de la part de ses pairs, et des possibilités insuffisantes de débreffage. Les employeurs peuvent aider à prévenir le traumatisme de compassion en reconnaissant et en respectant les intervenantes et intervenants, en encourageant une communication ouverte, en s’assurant qu’une supervision adéquate est disponible et en offrant à leur personnel divers types de soutien (Lumor, 2017).

Ultimement, le travail à long terme auprès de survivantes de traumatisme change la façon dont nous nous percevons nous-mêmes et dont nous voyons le monde. Il pourrait arriver que nous nous sentions moins en sécurité dans la société parce que nous sommes davantage sensibilisées à la violence (individuelle et systémique) et que nous éprouvions de la frustration, de la colère et moins de confiance envers les réactions ou le manque de réactions de la part des services et des systèmes. La promotion du changement systémique peut être une composante importante pour toute personne qui travaille avec des femmes qui ont été touchées par la violence.

Signes avertisseurs de traumatisme indirect, de fatigue de compassion, d’épuisement professionnel et de stress moral

Étapes vers la guérison et l’équilibre entre les fournisseurs de services et les survivantes de traumatisme

Mettez d’abord votre propre masque

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Les professionnelles et professionnels qui travaillent avec des survivantes de traumatisme se font souvent rappeler de « mettre d’abord leur propre masque à oxygène » ce qui peut être une analogie utile pour promouvoir les autosoins et s’occuper d’abord de soi quand on travaille avec des femmes qui ont vécu des traumatismes et qui pourraient avoir subi des pressions et avoir été socialisées ou forcées de faire passer leur besoins après ceux de leurs enfants, des membres de la famille ou de leur conjoint ou conjointe. Cette analogie fait référence aux directives de sécurité données par les agentes et agents de bord lors d’un vol en avion : lors d’une situation d’urgence, si vous êtes accompagnée d’une personne dépendante, assurez-vous d’abord de mettre votre masque à oxygène. Cela vous permettra de ne pas perdre conscience et d’aider les personnes autour de vous. Ultimement, nous ne pouvons pas aider les autres sans mettre la priorité sur nous-mêmes et sur notre bien-être à court et à long terme. Cette analogie peut également servir à faire la promotion des autosoins et à prévenir l’épuisement professionnel pour les personnes qui doivent donner des soins à une femme aînée qui a des besoins complexes.

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Matière à réflexion :

  • Comment votre travail avec des survivantes de traumatisme a-t-il changé votre façon de voir le monde ?
  • Qu’avez-vous trouvé d’utile pour reconnaître et traiter les effets du traumatisme dans votre domaine ?
  • Quels sont les obstacles pour obtenir du soutien et de l’aide en tant que professionnelle ?