Son cerveau a choisi pour elle
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Son cerveau a choisi pour elle

Chapitre 8
Le traumatisme, la mémoire et la façon de s’exprimer :

donner du soutien pendant les dévoilements et les entrevues avec les survivantes de traumatisme

« Il arrive souvent que (les survivantes) ne soient pas équipées pour expliquer leurs propres réactions et adaptations psychologiques. Elles peuvent ne pas reconnaître le rôle d’un traumatisme lié à la violence dans le développement de certaines de leurs propres réactions fortes et de leur façon de les gérer. Ce qui pourrait sembler être un manque de cohérence dans la façon dont une victime réagit ou raconte son histoire dans le cadre de la prestation de service ou d’une procédure légale est très souvent, en réalité, une manière type, prévisible et normale de réagir à des événements qui menacent la vie, de s’adapter et de se souvenir des expériences traumatiques. »
– (Haskell, L. Trauma-Informed Approaches to the Law, 523)

diviseur de cerveaux

Comprendre ce qui se produit dans le cerveau d’une femme qui a survécu à un traumatisme vous aidera à faire une entrevue et à l’aider avec compassion, sans jugement et efficacement. Les réactions d’une survivante que l’on confond souvent avec la tromperie ou le dérobement peuvent s’expliquer par la neurobiologie du traumatisme.

Les événements traumatiques et les « trous » dans le récit

La mémoire est un processus complexe impliquant de multiples facteurs qui affectent la façon dont une expérience est encodée, consolidée et entreposée dans votre mémoire, en plus de l’information qui situe cette expérience dans un contexte comme le temps et le lieu. Afin de raconter l’expérience que nous avons vécue, nous devons rappeler ces renseignements et les placer dans une séquence qui a du sens pour nous. Une expérience traumatique est un peu comme les pièces d’un casse-tête qui ne s’emboiteraient pas proprement dans le récit d’une survivante ou de la personne qui l’interviewe ou le fournisseur de services.

Il arrive souvent que les professionnelles et professionnels qui essaient de comprendre les événements entourant le traumatisme orientent leurs questions sur les séquences des événements : Qu’est-ce qui est arrivé ensuite ? Et après cela ? Par contre, la femme ne pourra peut-être pas réussir à raconter clairement l’agression avec un début, un milieu et une fin. Elle pourrait ne pas se rappeler du tout de certains moments de l’agression. Il s’agit d’une réaction de protection et une réaction qui peut être mieux comprise si l’on tient compte du fait que lors d’une agression, le cerveau choisit comment réagir et comment encoder le souvenir de l’agression. Lorsqu’une femme est attaquée, elle passe en mode défense et sa capacité à contrôler son attention est compromise. Ses circuits de défense se subsistent à son cerveau pensant et son instinct de survie prend le contrôle jusqu’à ce que la menace disparaisse.

Lorsqu’une femme est en mode défense, son cerveau peut choisir comme mécanisme de défense de se concentrer sur un détail qui semble insignifiant tout en bloquant tous les autres. Les choses sur lesquelles une femme s’est concentrée durant l’agression sont des détails centraux. Tout autre chose est une détail périphérique.

Nous ne pouvons pas prédire quel détail d’une attaque sera central et lesquels seront périphériques. Une femme qui est attaquée pourrait se concentrer sur une lampe dans un coin, une craque dans le plafond ou le nombre de tuiles dans le plafond. Parfois, la femme ne se rappelle pas d’éléments notables comme l’apparence de l’agresseur – un gros tatouage facial, par exemple, parce que son attention était ailleurs.

Dans le cadre d’une enquête criminelle, demander ce que la survivante a senti, entendu, vu, ressenti ou goûté pourrait permettre de découvrir de nouvelles pièces du casse-tête des souvenirs, spécialement si on ne demande pas à la survivante de penser aux détails d’une manière particulière (souvent linéaire) mais plutôt de parler de détails sensoriels. Une survivante pourrait se blâmer elle-même parce qu’elle ne se rappelle pas de certains détails. Il pourrait donc être utile de lui rappeler que c’est son cerveau qui a choisi ce dont elle se souviendrait.

Toute question de clarification devrait être posée à la fin de l’entretenue ou de la divulgation. Assurez-vous que l’espace est confortable avec un design inclusif et accessible et qu’il y a de l’eau et des papiers mouchoirs.

Une femme peut se rappeler très précisément des premiers moments d’une attaque, mais n’avoir que des souvenirs fragmentés du reste de l’attaque. Au début d’une attaque, l’hippocampe se met en « vitesse surmultipliée », encodant toutes les données qu’il peut. Après environ trente secondes, l’hippocampe entre dans un autre mode où il traite l’information recueillie pendant les premières secondes. Dans ce second mode, l’hippocampe n’a pas les ressources dont il a besoin pour encoder les séquences des événements. Tout autre chose qui sera encodée dans la mémoire plus tard lors de l’attaque sera probablement entreposée comme un fragment ou un îlot de détails sensoriels – un son ou une odeur, par exemple – qui existe hors contexte. (Wilson, Lonsway, Archambault, 2016).

Des fragments de mémoire peuvent être déclenchés par n’importe lequel des cinq sens : l’odorat, le toucher, le goût, la vue ou l’ouïe.

cerveau au centre et cercles avec 5 sens autour

Les odeurs, le traumatisme et l’âge

Les odeurs sont très puissantes, ce sont des indices qui agissement rapidement sur le cerveau et sur le corps. Les odeurs sont souvent des facteurs déclencheurs chez les femmes qui ont survécu à un traumatisme. La maladie, les blessures et le vieillissement peuvent changer ou compromettre le sens de l’odorat. Les odeurs sont l’un des rappels les plus puissants d’un traumatisme passé et peuvent jouer un rôle clé dans diverses formes de traitement (Cortese, et al. 2016), en particulier dans les thérapies basées sur l’exposition (Morrison et al. 2015). Il est importante de tenir compte des effets du vieillissement et du traumatisme sur les sens olfactifs; l’anosmie est une perte temporaire ou permanente du sens ou de l’odorat et elle peut être causée par un traumatisme crânien, des maladies neurodégénératives, des tumeurs au cerveau ainsi que par des changements dans la composition du mucus associés au vieillissement.

parfum voyageant par le nez et signalant une alarmeÀ la première odeur de danger

Les odeurs peuvent être des déclencheurs pour les survivantes de traumatisme, par exemple, une femme à qui un conjoint violent aurait souvent donné des roses pour s’excuser après des agressions sexuelles et physiques, pourrait avoir des flashbacks lorsqu’elle sent des fleurs même des dizaines d’années après que la violence ait cessé. Cette odeur peut amener son amygdale et son hippocampe à lancer une alerte de haut risque dans tout son système nerveux, augmentant ainsi sa fréquence cardiaque et le rythme de sa respiration parce que l’odeur des roses est désormais liée à la peur d’être violentée. Comme le cerveau conscient traite les stimuli, le sens subconscient du danger devient l’émotion consciente de la peur (LeDoux, 2015).

 

Les souvenirs traumatiques sont souvent des pièces de casse-tête qui ne s’emboîtent pas parfaitement. Après une poursuite à haute vitesse qui s’est terminée par un accident mortel, un policier qui a vécu un traumatisme secondaire ou traumatisme de compassion, pourrait ne pas se rappeler combien de temps a duré la poursuite ou d’autres détails clés. Des ilots de mémoire peuvent être déclenchés par des sensations, comme l’odeur du gazon fraîchement coupé, mais la capacité de revenir dans le temps et de faire la distinction entre les heures et les minutes ne fonctionne pas à des moments de stress extrême. Évitez de poser des questions comme le temps qu’a duré l’agression aux survivantes d’un traumatisme parce que cela pourrait augmenter le sentiment de honte, de blâme et de confusion relié à leur expérience.

herbe flèche nez flèche cerveau; puis des pièces de puzzle avec des fragments de voiture, des sirènes, etc.

Expliquer la neurobiologie du traumatisme à la cliente

Vivre avec un traumatisme – avec des souvenirs ou un manque de souvenirs du traumatisme et ses effets psychologiques – peut créer de la confusion, de la frustration et de la peur chez une femme. Il pourrait être bénéfique pour elle de lui expliquer une partie de ce que vous savez au sujet de la neurobiologie du traumatisme. Cela pourrait l’aider à se sentir moins seule, moins étrangère dans son propre corps. Si vous décidez de partager certaines choses que vous connaissez, essayez de communiquer simplement et clairement. Vérifiez souvent avec elle si elle comprend ce que vous lui dites et assurez-vous qu’elle veut les renseignements que vous offrez. Concentrez-vous sur l’interaction, pas sur la leçon, mais bien sur la possibilité d’établir le contact.

Comment appliquez-vous cette information à votre technique d’entrevue ? Voici quelques balises :

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Matière à réflexion :

  • Dans votre milieu de travail, quelles sont les politiques quisoutiennent les approches tenant compte du traumatisme ?
  • Lorsque vous travaillez avec des survivantes de traumatisme,comment pouvez-vous intégrer des questions et de l’informationsur les déclencheurs olfactifs reliés au traumatisme et les intégrerégalement dans votre milieu de travail ou vos programmes ?