Son cerveau a choisi pour elle
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Son cerveau a choisi pour elle

Chapitre 6
Le traumatisme et les problèmes de santé concurrents

« Plus le traumatisme est important, plus le risque d’abus d’alcool et de drogues, de dépression, de tentatives de suicide et d’autres séquelles négatives est élevé. Clairement, nous ne pouvons pas aborder l’ensemble des soins de santé d’une personne ou nous concentrer sur la promotion de la santé et la prévention des maladies sans tenir compte du traumatisme. »
(Rosenberg, 2011, p. 428).

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Le traumatisme et les problèmes de santé reliés à l’âge

À mesure que nous vieillissons, nos fonctions corporelles, nos pensées, nos comportements et nos émotions changent. Le traumatisme accélère le processus de vieillissement. Les scientifiques peuvent en fait « voir » cette accélération au niveau cellulaire. Les études suggèrent que les survivantes de traumatisme ont un risque élevé de développer une maladie cardiovasculaires et le diabète de type 2 (Wolf, 2016). Les femmes qui ont vécu un traumatisme ont tendance à avoir une durée de vie plus courte que celles qui n’ont pas vécu de traumatisme (Lohr, et al. 2015). Le traumatisme dont une femme a souffert dans l’enfance peut continuer à avoir des effets sur sa santé et son bien-être quand elle vieillit.

Le traumatisme et la maladie neurodégénérative

Le terme maladie neurodégénérative fait référence à diverses maladies qui détruisent le cerveau et le système nerveux, y compris la maladie d’Alzheimer, la maladie d’Huntington et la maladie de Parkinson. Le risque qu’une femme soit touchée par une maladie neurodégénérative augmente considérablement à mesure qu’elle vieillit (Neurodegenerative Diseases, 2019).

Plusieurs maladies neurodégénératives sont associées à la démence (ONDRI Diseases, 2019). Lorsque les troubles de mémoire et les problèmes cognitifs sont assez graves pour nuire à la vie quotidienne d’une femme, la dégradation peut être classifiée comme de la démence (“What is Dementia,” 2019). Une femme souffrant de démence peut être désorientée. Elle peut aussi chercher ses mots et oublier les noms. Elle pourrait devenir agressive, moins s’intéresser aux activités sociales ou trouver que les autres sont suspects (10 Warning Signs, 2019).

Effets du traumatisme au cours de la vie

rose à différents stades de la vie

La démence d’une femme âgée peut être aggravée par un traumatisme auquel elle a survécu ou qu’elle vit présentement. Elle pourrait être victime de violence ou d’abus de la part d’un conjoint ou d’une conjointe ou d’un membre de la famille. Il est particulièrement difficile pour les femmes souffrant de démence d’avoir accès à des services de soutien parce qu’elles ont de la difficulté à communiquer et à comprendre les systèmes.

Les effets de la démence et le cerveau

Comparez les deux images suivantes du cerveau. La première montre un cerveau en santé et la seconde le cerveau d’une personne atteinte de démence. Notez combien le second cerveau est plus petit. Notez aussi comment les ventricules – les cavités dans le cerveau – sont élargis dans le second cerveau. La réduction du volume du cerveau est caractéristique de plusieurs types de démence.

cerveau sain et petit cerveau malsain

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Matière à réflexion :

  • Comment les changements cognitifs associés à la démence affectent-ils la capacité d’une survivante de traumatisme de naviguer dans les services, de retenir l’information et de se rendre à ses rendez-vous ? Quels gestes pourriez-vous faire pour atténuer les obstacles ?

Le traumatisme cérébral et la violence faite aux femmes

Un traumatisme cérébral est une blessure au cerveau causée par une force physique externe dont les blessures pénétrantes comme une balle perçant le crâne ou un traumatisme crânien fermé comme la force d’un objet contondant ou un coup direct à la tête contre une surface comme un mur.

Pour les femmes qui ont vécu de la violence physique, les blessures les plus courantes se retrouvent à la figure, à la tête et au cou. Les attaques dans cette partie du corps causent souvent des blessures au cerveau, par contre, il arrive souvent qu’elles ne soient pas diagnostiquées en raison du manque de recherche ou de connaissances sur le traumatisme cérébral et la violence dans les relations. Une femme peut subir un traumatisme cérébral sans perdre connaissance et pourrait ne pas avoir de symptômes évidents. Aucun test unique ne peut confirmer un diagnostic de traumatisme cérébral ou de commotion cérébrale, ce qui est un type de traumatisme cérébral (Traumatic Brain Injury and Concussion, 2012-2017).

Une blessure au cerveau peut également être provoquée par strangulation ou asphyxie – lorsque qu’une force externe empêche l’oxygène de se rendre au cerveau, même pour de courtes périodes et avec une force minimale. Certaines ressources comme le J. Campbell Danger Assessment utilisent le terme « étouffement », comme le font souvent les survivantes, plutôt que le terme « strangulation ». La trachée peut également être comprimée lors de la strangulation et, combinée avec l’asphyxie, elle peut provoquer l’inconscience. Une femme peut sembler aller bien après avoir subi une strangulation, ne pas se souvenir complètement de ce qui s’est produit, ne pas avoir de blessures externes visibles et mourir quelques jours ou quelques semaines plus tard parce que des larmes se sont logées dans l’artère carotide ou avoir des complications comme une pneumonie ou une embolie.

Une femme qui a déjà été victime de strangulation pourrait avoir un risque élevé d’être blessée physiquement ou d’être tuée par l’agresseur.

Le traumatisme cérébral et la strangulation

contour du corps, du cerveau et des poumons

Les signes peuvent inclure : des changements dans la voix, de la douleur ou de la difficulté à avaler, de l’hyperventilation, de la difficulté à respirer, des abrasions au menton, des égratignures, des écorchures, des rougeurs ou des bleus au cou, des pétéchies (minuscules points rouges indiquant des ruptures de capillaires), des marques de ligature, de l’enflure dans le cou, une perte de mémoire et des vomissements.

Une femme qui aurait subi plusieurs traumatismes cérébraux au cours de sa vie pourrait avoir des séquelles comme : des problèmes de mémoire, des maux de tête, de la fatigue, des difficultés d’apprentissage, une flexibilité cognitive réduite, de la détresse générale, de la dépression, de l’anxiété, de l’irritabilité, des problèmes de communication et d’autres symptômes généralement associés au TSPT résultant du traumatisme au cerveau qu’elle a subi.

La concentration et l’impulsion caractérielle peuvent être touchées. Une femme qui a subi un traumatisme cérébral pourrait exprimer une émotion qui ne correspond pas à la situation dans laquelle elle se trouve. Sa vision et sa coordination peuvent en souffrir. Elle pourrait faire des crises d’épilepsie. Un de ces effets ou une combinaison d’effets pourraient interférer sur sa capacité de fuir une situation dangereuse et d’avoir accès à des services reliés au traumatisme.

Il est difficile de faire la distinction entre les symptômes reliés au TSPT et ceux du traumatisme cérébral et une femme pourrait avoir des symptômes reliés autant à l’un qu’à l’autre. (Henderson, 2016). Naviguer dans le chevauchement et l’influence réciproque entre le TSPT et le traumatisme cérébral est particulièrement problématique pour une femme qui vit avec ces deux conditions (Lash, 2018).

Bien que le dépistage du traumatisme cérébral ne fasse pas nécessairement partie de la portée de notre outil, les récentes recherches suggèrent qu’une pratique prometteuse pourrait inclure de soutenir les survivantes de violence comme si elles avaient vécu un traumatisme cérébral même sans un diagnostic. Cela implique de répéter l’information, de prendre plus de temps pour les rendez-vous, de transmettre l’information lentement, d’aider la femme à se créer des plans personnalisés pour effectuer ses tâches et de faire un suivi et des rappels sans jugement ni frustration (Valdera, 2003).

Le traumatisme et les problèmes de santé mentale concurrents

Chez les femmes aînées, la consommation de drogues et d’alcool pourrait augmenter le risque de vivre d’autres traumatismes, spécialement dans certains lieux et situations (Fairbrother, 2004). Les approches de réduction des méfaits portent sur la réduction du risque tout en mettant en contexte les choix de consommation d’une femme en tenant compte du traumatisme et de la discrimination qu’elle a vécus durant sa vie et du traumatisme intergénérationnel.

Anxiété – Le TSPT peut aller main dans la main avec d’autres problèmes d’anxiété comme le trouble anxieux généralisé, l’anxiété sociale et les troubles obsessionnels compulsifs.

Dépression – La recherche montre que près de la moitié des personnes qui ont un diagnostic de TSPT souffrent également de dépression ou en ont déjà souffert (Tull, 2018).

Psychose – Les études suggèrent qu’une proportion importante des troubles psychotiques est une réaction au traumatisme et qu’une femme peut avoir des symptômes ressemblant à ceux du TSPT après avoir vécu des épisodes psychotiques (Morrison, Frame & Larkin, 2003).

La consommation de drogues et d’alcool et le traumatisme

cerveau avec des cercles montrant différentes quantités d'alcool

Certaines femmes qui ont survécu à un traumatisme consomment des drogues et de l’alcool pour mieux supporter les effets du traumatisme. La consommation de certaines drogues, dont l’alcool fait en sorte que le cerveau libère de la dopamine, un neurotransmetteur qui contribue à la sensation de plaisir. Les drogues et l’alcool peuvent offrir un répit temporaire à la détresse, mais cela se fait à un prix très élevé. La femme peut devenir dépendante aux drogues ou à l’alcool et sa consommation peut la mener dans des situations où elle serait à risque de subir d’autres traumatismes.

Le deuil compliqué

Le deuil est un choc qui se produit en phases – la douleur immédiate et vive de la perte et la période de deuil prolongée qui suit. Le deuil active la réaction de stress et rend hypoactives certaines parties du cerveau qui régulent l’émotion.

Dans l’immédiat et à la suite de la perte, une femme peut pleurer, avoir des problèmes de sommeil et être irritable. Sa mémoire peut en souffrir. Le deuil peut compromettre le système immunitaire d’une femme et la rendre vulnérable à la maladie.

Par le passé, on considérait le deuil et le traumatisme comme deux choses distinctes, mais on les voit maintenant comme des entités qui interagissent. Le deuil compliqué (que l’on appelle parfois le deuil traumatique) implique qu’une personne endeuillée souffre de stress et de désespoir à des niveaux élevés pendant plus d’une année. Environ 9 p. 100 des femmes aînées qui ont vécu un deuil, ont eu un deuil compliqué (Shear et. al, 2014).

Le deuil compliqué a des effets débilitants. Une femme qui en souffre vivra d’intenses périodes de nostalgie de la personne décédée – une nostalgie qui nuit à sa capacité de fonctionner au quotidien. Les symptômes du deuil compliqué comprennent : l’engourdissement, la sensation de ne servir à rien et de vivre dans le brouillard, l’impression que la vie est vide et que la confiance et la sécurité ont été touchées.

La douleur cardiaque est enracinée dans le cerveau

Les marqueurs neurobiologiques du deuil compliqué comprennent des niveaux plus élevés que la moyenne de l’hormone du stress (cortisol) et une plus grande activation du noyau accumbens (une région clé du cerveau influençant le plaisir et la dépendance) lorsque l’on regarde les images du cerveau d’une personne décédée (O’Connor, 2019; Regehr & Sussman, 2004).

vue latérale du cerveau, zones délimitées

vue frontale du cerveau, zones délimitées

 

La douleur cardiaque est enracinée dans le cerveau

Les survivantes de traumatisme et les femmes qui ont vécu de la douleur complexe pourraient dire qu’elles ont l’impression « d’avoir la tête dans le brouillard ».

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Matière à réflexion :

  • Quelles sont les choses les plus réconfortantes que l’on vous a dites au moment où vous viviez une perte ? Essayez de vous souvenir de ces mots et de la façon dont ils ont été dits. Quels mots pourriez-vous utiliser pour réconforter une personne qui vit de la douleur ?