Son cerveau a choisi pour elle
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Son cerveau a choisi pour elle

Chapitre 4
Le traumatisme en héritage

« Le traumatisme intergénérationnel est directement lié au bannissement des pratiques culturelles, aux politiques et aux institutions d’assimilation ainsi qu’à la perte de culture. Il s’agit d’une réaction aux blessures multigénérationnelles, collectives et historiques du moral, des émotions
et de l’esprit. »
(The Soul Wounds of the Anishinabek People, 2013, page 8)

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Le traumatisme se perpétue. Il se passe d’une génération à l’autre dans les familles (traumatisme intergénérationnel) et dans les cultures et les populations où les personnes ont été oppressées et violentées (traumatisme historique) (Intervention to Address Intergenerational Trauma, 2012). La plupart des traumatismes interpersonnels dont souffrent les enfants leur ont été infligés par des personnes qui ont subi un traumatisme dans leur enfance. Cette tendance à la répétition est un aspect intégral de ce qu’on appelle « le cycle de la violence » (Van Der Kolk, 1989).

Plusieurs femmes aînées qui ont subi un traumatisme complexe ont vécu de la violence de la part de plusieurs agresseurs. Certaines de ces femmes pourraient n’avoir jamais dévoilé leur traumatisme même dans les cas où la violence a commencé alors que les femmes étaient jeunes.

Le terme traumatisme complexe décrit l’expérience de multiples événements traumatiques qui ont commencé très tôt dans la vie d’une femme. Si une enfant souffre d’un traumatisme, il est probable que le traumatisme fasse partie d’une série d’événements traumatiques. Le traumatisme complexe peut inclure la violence sexuelle, la violence physique, la guerre, la violence communautaire et la négligence. Elle peut aussi inclure le fait d’être témoin de violence – si une enfant voit un de ces parents violenter l’autre, ou voit sa soeur ou son frère ou une autre jeune personne être victime de violence (Trauma-Informed, 2013).

Traumatisme - cerveau et pièces de puzzle

Une femme qui a vécu un traumatisme complexe peut être saisie par de puissantes émotions qu’elle ne peut pas contrôler. Elle peut être submergée par ces émotions qui peuvent provoquer de la peur, chez elle et chez les personnes qui l’entourent. Ces accès peuvent être déclenchés par des stimuli qui semblent mineurs. Nous appelons ce mode de réaction Dysrégulation émotionnelle et elle est caractéristique du traumatisme complexe (Franco, 2018). Dans votre travail, vous verrez peut-être une femme se mettre tout à coup en colère ou avoir peur sans raison évidente. Dans de tels moments, il est possible que quelque chose dans l’environnement ait déclenché chez elle un état émotionnel puissant.

Voir les effets du traumatisme comme des réactions naturelles et protectrices basées sur la résilience et la survie aide à comprendre la critique des approches psychiatriques du traumatisme, par exemple, diagnostiquer des réactions au traumatisme en se basant sur le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). Ultimement, il serait probablement plus utile pour votre cliente de voir ses réactions au traumatisme comme des habiletés d’adaptation plutôt que des symptômes de maladie mentale. Les diagnostics, y compris le trouble de stress post-traumatique (TSPT), ont également été critiqués comme allant à l’encontre de la perspective intersectorielle et de la réalité des structures sociales dans lesquelles nous vivons et faisons l’expérience de la violence (Burstow, 2003).

La Dysrégulation émotionnelle et la « fenêtre de tolérance »

Le traumatisme affecte la « fenêtre de tolérance » d’une femme - cependant, du soutien et des services tenant compte du traumatisme permettent d’élargir cette fenêtre.

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Le traumatisme intergénérationnel et le traumatisme historique

Lorsqu’il n’est pas résolu, le traumatisme historique se transmet d’une génération à l’autre, nous le désignons alors comme un traumatisme intergénérationnel ou traumatisme multigénérationnel. Quand un groupe de personnes partageant une affiliation (ethnicité, race, religion) ont été opprimées ou violentées au cours de générations successives, nous appelons cette violence traumatisme historique. Nous n’avons pas à chercher bien loin pour voir les effets dévastateurs du traumatisme historique. Au Canada, les peuples autochtones ont souffert de discrimination, de préjudices, de pertes de vie et de déculturalisation systémique – des abus tolérés par la société et encouragés par les politiques du gouvernement (Allan & Smylie, 2015).

« La dévastation sociale et culturelle autochtone actuelle est le résultat d’un traumatisme personnel et collectif implacable lié à l’effondrement démographique provoqué par les premières épidémies d’influenza, de variole et d’autres maladies infectieuses ainsi que par la conquête, les guerres, l’esclavage, la colonisation, le prosélytisme, la famine et la privation, les pensionnats indiens (de 1892 à la fin des années 1960) et l’assimilation forcée… Depuis la période de contact, les peuples des Premières Nations ont vécu plusieurs vagues d’expériences traumatiques, tant au niveau social qu’individuel et ces expériences ont continué à placer un énorme fardeau sur les sociétés autochtones de l’ensemble du continent. » (Fondation autochtone de guérison, 2004).

Au cours des quatre dernières décennies, on estime que plus de 20 000 enfants autochtones ont été enlevés à leur famille par les services d’aide à l’enfance, placés dans des familles majoritairement non autochtones et séparés de leur communauté, de leur culture et de leur langue (Paradis, 2018). La « rafle des années soixante » fait référence à une période de l’histoire canadienne commençant dans les années 1960, qui serait cependant mieux décrite comme la « rafle du millénaire » et une crise toujours actuelle. Aujourd’hui, les enfants autochtones sont plus que trois fois plus nombreux à être placés au soin de la province qu’au plus fort du système des pensionnats indiens (Blackstock, 2010).

En Ontario, les enfants autochtones représentent seulement 4,1 p. 100 de la population de moins de 15 ans, mais environ 50 p. 100 des enfants placés en famille d’accueil. Cette surreprésentation augmente parce que les décisions des services à l’enfance deviennent plus intrusives et plus extrêmes. (« Enfances interrompues », Commission des droits de la personne de l’Ontario, 2018). Bien que les enfants métis et inuits soient aussi surreprésentés dans les systèmes d’aide à l’enfance, les enfants des Premières Nations qui ont moins de 19 ans représentent 3 p. 100 des enfants de l’Ontario et 21 p. 100 de toutes les pupilles de la province (Kozlowski, et al. 2012).

Les systèmes, les fournisseurs de services et les politiques ne situent pas toujours les problèmes en contexte, en particulier, la négligence reliée aux enfants autochtones dans le cadre de la colonisation au Canada. Dans plusieurs cas, les problèmes, dont la négligence en matière d’éducation et de santé en raison du manque de ressources financières sont ultimement enracinés dans des facteurs structurels bien au-delà du contrôle des pourvoyeurs de soins comme la pauvreté sociale, le mauvais usage de drogues, d’alcool et de médicaments ainsi que le logement inadéquat (Blackstock, 2010).

Une aînée autochtone avec qui vous travaillez peut avoir subi de la violence et de l’abus dans le système des pensionnats indiens, avoir été enlevée à sa famille par les services d’aide à l’enfance ou avoir vu ses compétences parentales mises en cause par des fournisseurs de services et des systèmes. Elle pourrait avoir été traumatisée si profondément à un très jeune âge qu’elle n’a pas de mots pour décrire le traumatisme; elle pourrait avoir parlé de son traumatisme sans que personne ne l’ai crue. Dans vos interactions avec une survivante de traumatisme historique ou tout autre type de traumatisme, sachez qu’elle peut déjà avoir demandé de l’aide et que l’on ait refusé de l’aider. De plus, il se pourrait que ce soient précisément les services et les systèmes qui aient perpétué le traumatisme le plus important de sa vie. Souvenez-vous aussi du pouvoir de guérison que peuvent avoir le respect, l’empathie et la compassion.

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Matière à réflexion :

  • Avec quels systèmes et services une survivante des pensionnats indiens pourrait-elle hésiter à communiquer ? Quelles stratégies pourraient l’aider à bâtir sa confiance ?
  • Quels sont les services destinés spécifiquement aux femmes autochtones dans votre collectivité et dans les environs et quels sont les services accessibles autrement ?